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Allemagne - Visite de la Jeune Chaîne en Norvège

Bailliage de Mittelrhein, Allemagne
Oslo, 10 septembre 2026

De Cologne à Oslo - invité de la Chaîne en Norvège

« Ce que j'en retiens n'est pas un modèle tout prêt à reproduire, mais plutôt la confirmation d'une idée : ces deux approches ne sont nullement incompatibles. Bien au contraire, lorsqu'elles sont mises en ?uvre de la bonne manière, elles peuvent se compléter et se renforcer mutuellement »

Il y a des villes où l’on s’installe. Et puis il y a celles qui vous accueillent à bras ouverts. Oslo, comme je devais le découvrir, appartenait à cette seconde catégorie. Bien avant même le début de mon semestre, j’avais écrit à Toril Flåskjer, Directrice Générale du Grand Hotel et Bailli local. J’étais curieux de savoir comment entrer en contact avec la Chaîne dans une ville étrangère alors même que l’on n’y habitait pas encore.

Notre premier échange eut lieu plus tôt que prévu, avant même que mon propre appartement ne soit prêt à m’accueillir. Toril me souhaita chaleureusement la bienvenue et me fit immédiatement sentir chez moi à Oslo. Ensemble, nous avons parlé de la Chaîne, ici, là et un peu partout. Des différences entre un Bailliage sur les bords du Rhin et un autre au bord d’un fjord. Dans mes bagages, j’avais apporté une liqueur aux herbes de Meyer-Näkel ainsi que deux bouteilles de Kölsch, de chez Gaffel et Schreckenskammer. Une sorte de petite salutation liquide de la part du Bailliage du Mittelrhein, qui reçut elle aussi un accueil des plus chaleureux au bord du fjord.

Ce qui suivit fut une invitation du Bailliage d’Oslo à une soirée chez Vaaghals, le restaurant situé au bord du fjord que les Maîtres Rôtisseurs Jørn Lie et Christer Rødseth dirigent depuis une dizaine d’années. Sa cuisine puise ses racines dans les produits norvégiens, sans pour autant hésiter à s’inspirer des traditions culinaires du continent.

Comme il sied à un événement organisé par l’Ordre Mondial des Gourmets Dégustateurs (OMGD), la soirée débuta par une dégustation de vins. La société VININOR nous guida avec beaucoup de compétence à travers la sélection, et tout particulièrement à mon intention, en anglais. L’ensemble se déroula avec une aisance naturelle qui m’impressionna en tant qu’invité allemand. Dès la dégustation, on pouvait déjà deviner ce qui allait caractériser toute la soirée : de nombreuses explications, des discussions sérieuses autour du vin, sans jamais que l’atmosphère ne devienne trop sérieuse.

Les plats ne furent pas servis individuellement, assiette après assiette, mais déposés au centre de la table : de grands plats, des bols, quatre convives et une même envie de partager. Il est difficile de faire circuler des mets généreusement servis sans engager la conversation. Ainsi, la première heure fut davantage consacrée aux échanges qu’à la dégustation proprement dite : nous avons parlé de vin, de la Chaîne et de la vie à Oslo, comparée à celle que l’on mène à Cologne.

Sur le plan gastronomique, il n’y avait pas non plus grand-chose à redire. Pour commencer, du merlu, appelé ici « lysing », ce qui suffit à donner à un poisson pourtant familier une consonance résolument nordique. Suivit une déclinaison autour du veau norvégien. Pour terminer, un Kvæfjordkake accompagné de framboises. Au moment d'aborder la prononciation des noms norvégiens, je dus finalement m’en remettre à l’aide de mes compagnons de table norvégiens.

Les accords mets et vins furent, tout au long du repas, particulièrement judicieux. Jusqu’au dessert, qui nous fit faire un petit détour par la Rheinhessen avec un Riesling Auslese de Weinheim. En plein cœur de la Norvège, il semblait presque regretter l’absence de quelqu’un connaissant sa région d’origine ! Cet Auslese, en particulier, me rappela avec bonheur ma propre ville universitaire, elle aussi située en Rheinhessen.

La véritable leçon de cette soirée ne se trouvait toutefois pas dans l’assiette. Elle résidait dans un préjugé que j’avais emporté avec moi sans même en avoir conscience. À mes yeux, la Norvège était pratiquement synonyme de saumon. Mes compagnons de table accueillirent cette révélation avec un calme remarquable, voire une certaine indifférence. Ils préférèrent parler avec passion de cabillaud, de crabes et de homard. Un petit détail, certes, mais révélateur : parfois, nous ne voyageons pas tant pour découvrir un pays que pour nous défaire des images que nous nous en sommes faites.

L’appréciation de la cuisine et du service, si familière lors des soirées de la Chaîne, ne fut pas absente non plus. Elle s’exprima simplement sans protocole particulier, presque au détour d’un instant, par de chaleureux applaudissements plutôt que par de longs discours. Cela correspondait parfaitement à une soirée qui n’avait nul besoin de souligner avec insistance la qualité de ses prestations.

J’ai peut-être vécu cette soirée avec un regard quelque peu différent de celui que j’aurais porté il y a un an. Je viens en effet de prendre, au sein du Bailliage du Mittelrhein, la responsabilité du développement de la Jeune Chaîne. Il s’agit donc d’y faire émerger quelque chose qui n’existe pas encore sous cette forme : une structure destinée aux jeunes membres, un format et un état d’esprit. J’étais, par conséquent, particulièrement attentif à cette manière si naturelle dont Vaaghals parvenait à conjuguer excellence gastronomique et certaine décontraction.

Ce que j’en retiens n’est pas un modèle tout prêt à reproduire, mais plutôt la confirmation d’une idée : ces deux approches ne sont nullement incompatibles. Bien au contraire, lorsqu’elles sont mises en œuvre de la bonne manière, elles peuvent se compléter et se renforcer mutuellement.

Au bout du compte, cependant, une chose m’est restée plus particulièrement en mémoire : le peu qu’il faut pour qu’une invitation dans une ville étrangère se transforme en une soirée entre Confrères. On quitte Cologne pour Kristiania et, à plusieurs centaines de kilomètres de chez soi, on se retrouve remarquablement vite autour d’une même table, dans un esprit de partage et de convivialité.

Finalement, les bouteilles de Kölsch dans ma valise n’étaient probablement pas indispensables.

Car lorsque, après le dernier verre, je me suis mis à défendre le carnaval de Cologne, tout le monde autour de la table savait déjà parfaitement d’où je venais !

Finn Schottmüller
Vice-Chargé de Missions (Jeune Chaîne)

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