Une soirée mémorable à Kappo Takashi
« Pour le groupe de dîner de l'OMGD, cette soirée fut une exploration rare et raffinée de la cuisine japonaise, du saké et de la convivialité »
Il y a quelque chose de discrètement exaltant à découvrir un restaurant qui ne cherche pas à attirer l’attention.
Le soir du 5 juin, le groupe de dîner de l’Ordre Mondial des Gourmets Dégustateurs (OMGD) du Bailliage de Bangkok Rattanakosin s’est retrouvé chez Kappo Takashi, niché au-dessus de l’effervescence de Bangkok. Dès que les convives ont franchi le traditionnel « noren » japonais*, l’agitation de la ville s’est évanouie. Ils ont pénétré dans l’univers intimiste du chef Takashi Sasaki : une spectaculaire salle de comptoir où chaque place offrait une vue privilégiée sur le travail du chef, dans un décor sublimé par des œuvres lumineuses inspirées de l’art du tatouage, conférant à l’ensemble une atmosphère théâtrale tout en retenue.
Ici, le chef Takashi n’était pas dissimulé derrière les murs d’une cuisine. Il était la présence discrète mais essentielle de la soirée, évoluant avec précision, humour et chaleur humaine tout en préparant chaque plat sous les yeux des convives. Concentré sans jamais être distant, il échangeait volontiers avec ses invités, plaisantait, expliquait ses créations, adaptait les préparations et instaurait tout au long du repas cette rare proximité où la formalité laisse place à une véritable intimité.
Sa cuisine reflétait ce même équilibre. Chaque plat témoignait de la rigueur de la technique japonaise tout en révélant la créativité d’un chef qui n’hésite pas à sortir des sentiers battus. Le menu mettait à l’honneur des produits saisonniers d’exception, notamment des ingrédients emblématiques de sa région natale d’Iwate, au Japon, donnant au repas une dimension profondément personnelle. Le luxe était bien présent - caviar, oursin, thon rouge, « Kurobuta »**, bœuf Wagyu - sans jamais paraître ostentatoire. Tout le plaisir résidait dans la délicatesse du geste, dans la manière dont chaque produit était traité. La sobriété s’y révélait aussi expressive que l’opulence, et chaque service semblait dévoiler un peu plus la personnalité du chef.
La soirée débuta de manière festive avec une coupe de champagne accompagnant un premier plat de gelée de crabe et de caviar. Une entrée en matière raffinée, lumineuse et élégante, suffisamment familière pour conduire les invités vers la suite du voyage gastronomique. Puis le dîner prit une direction plus originale, en s’ouvrant progressivement à l’univers du saké.
Sous la conduite de Khun Koi, maître saké, le reste de la soirée s’est transformé en une véritable exploration de la richesse et de la complexité de cette boisson emblématique. Les convives ont découvert non seulement les accords proposés, mais aussi les méthodes de brassage, les techniques de dégustation, les températures de service, le choix des verres et les principes qui président aux accords mets-sakés.
L’une des découvertes les plus marquantes de la soirée fut de constater combien un même saké pouvait se transformer selon sa température de service ou le récipient dans lequel il était présenté, révélant tour à tour des arômes plus intenses, une texture plus ronde ou plus vive, une douceur accrue ou une expression plus affirmée. Une expérience véritablement fascinante.
Les accords n’étaient pas simplement servis avec les plats : ils étaient expliqués, expérimentés et pleinement vécus. Au fil du menu imaginé par le chef Takashi - des produits de la mer délicatement travaillés aux bouillons « dashi », en passant par le Wagyu, le riz et le « warabimochi » Khun Koi montrait comment le saké dialoguait avec l’umami, la matière grasse, la douceur, la salinité et les textures. Un plat délicat révélait une facette d’un saké, tandis qu’une préparation plus généreuse en faisait ressortir une autre. Ainsi, ce dîner dépassait le simple menu de dégustation pour devenir une véritable conversation entre le chef, le maître saké, les ingrédients et le verre.
Au terme de la soirée, Kappo Takashi donnait moins l’impression d’être un restaurant que l’on visite que celle d’un lieu dans lequel on est invité. Derrière son « noren », le chef Takashi offrait une expérience discrètement inoubliable : une précision jamais rigide, une transmission des savoirs sans solennité et une hospitalité profondément sincère.
Pour le groupe de dîner de l’OMGD, cette soirée fut une exploration rare et raffinée de la cuisine japonaise, du saké et de la convivialité. Le genre d’expérience qui rappelle que les repas les plus mémorables sont souvent ceux qui donnent le sentiment de découvrir un lieu confidentiel tout en partageant un moment privilégié.
Tessa Andersson
Vice-Chargée de Presse
* Le « noren » est un rideau traditionnel japonais en tissu, suspendu à l’entrée des boutiques, des restaurants ou entre deux pièces. Il est fendu verticalement dans sa partie inférieure afin de permettre le passage. Au-delà de ses fonctions pratiques de séparation des espaces ou de protection contre les courants d’air, il constitue un véritable symbole de l’identité, de la réputation et de l’hospitalité d’un établissement.
** Le « Kurobuta » (« porc noir » en japonais) est le nom donné au porc Berkshire, une race patrimoniale souvent surnommée le « Wagyu du porc ». Très réputé pour la qualité exceptionnelle de sa viande, il fut offert à l’Empereur du Japon au XIXe siècle